(glacier de la vallée du Français)
Pour aller au Chili il faut : sortir de l’Argentine, et entrer au Chili. Elémentaire mon cher Ouatessone. Toutefois cela implique un double passage de frontière, avec autant de paperasserie et d’attente des deux côtés. L’inefficacité est au top dans cette zone où le Mercosur est pourtant censé fluidifier les échanges. Une fois le passeport tamponné nous pénétrons dans ce pays haricot ayant la Cordillère en guise de colonne.
Nous arrivons peu après à Puerto Natales, le village étant situé à proximité de la frontière. Un morceau du Pacifique s’aventure dans les terres et clapote sous nos yeux. L’air de l’océan envahit nos poumons et taquine nos narines. Base parfaite pour accéder au Parc Torres del Paine, Puerto Natales est rempli de randonneurs, de mochileros et voyageurs en tous genres. A l’auberge nous sommes accueillies par Willy et Renato, deux frères hauts en couleurs qui – souriants et défoncés- nous servent des fraises au vin peu après notre arrivée.
Le lendemain nous préparons notre randonnée à Torres del Paine. But du jeu : gambader trois jours durant dans la nature avec un équipement minimum. Nous n’avons ni lampe ni chaussures de marche, et les barres grany nous font sérieusement défaut. Téméraires jusqu’au bout nous partons avec une tente Quechua ronde comme une soucoupe volante, avec une excellente prise au vent. Il s’agit à coup sûr de la tente la moins pratique du monde pour faire un trek, mais nous n’avions pas d’alternative.
Entre temps nous troquons notre auberge pour la casa Lili, plus économique. Juan, le proprio, nous loue un peu de matériel afin que nous survivions malgré tout : deux duvets de compétition et un réchaud. Ensuite Victor, garde-forestier en vacances, nous briefe sur l’itinéraire.
Puis, c’est parti pour Koh Lanta. ¡Bacan !
Nous avons planté la tente en arrivant, ce qui nous évite d’avoir à la trimballer dans les montées. Le ciel est dégagé, les paysages époustouflants. Les tours surgissent au dernier moment, suite à une rude ascension.
On les a déjà vues en photo, mais impossible de ne pas pousser un cri quand on les atteint pour de vrai : les exclamations fusent dès qu’elles apparaissent. La surprise s’exprime dans toutes les langues, du wooooooow au putamadre ! , en passant par le oh my god ! Points communs reliant toutes ces nations au pied des tours de Babel : l’essoufflement dans la voix, la rosée du matin sur le front et le sourire au coin des lèvres.
Nous redescendons ensuite jusqu’à l’Hosteria de Las Torres où se trouve notre quechua. Nos semelles sont lisses, nous marchons donc tranquillement afin de ne pas finir dans un ravin. D’ailleurs, un brancard croise notre chemin.
Peu après notre retour au camping un sonore « Marcel, tu veux un pastis ? » s’échappe d’une tente voisine. Ca sent l’invasion française en Patagonie. On songe un instant à se faire inviter pour l’apéro mais la coalition franchouillarde est bien trop occupée à faire des blagues potaches.
Jour 2 : Baptême dans l’eau glacée

(la soucoupe)
En route vers le campement italien. Le port de la tente s’avère être un véritable calvaire. En position tortue la prise au vent est trop forte, et ladite chose prend des allures de parapente. En position champignon elle rebondit dans la nuque et nuit à l’harmonie de la marche. Je renonce et Mathilde prend les choses en main. En plus, nous sommes sûrement la risée de tous ces randonneurs avisés, équipés de tentes banales et ordinaires.
Pause sur une plage de galets au bord d’un lac opaque et turquoise, couleur de l’eau de glacier. Le cadre est tropical, on saute à l’eau sans trop savoir ce qu’il y a sous nos pieds.
Nous plantons ensuite la tente dans un campement situé au bas de la vallée du Français. Enfin, je corrige: nous lançons la tente et en deux secondes notre tipi est prêt, c’est la grande classe. A nos côté un couple germanophone mange, non pas de la choucroute mais une sorte de mixture relativement élaborée. Ils ne parlent pas et mastiquent si doucement qu’on peut observer avec netteté les mouvements de leurs mâchoires. Tous les quarts d’heure une phrase incompréhensible, articulée sur un ton monocorde, s’échappe. Ils bougent très peu. On dirait qu’ils s’entraînent pour le tournage d’un film allemand, conceptuel et alternatif.
Jour 3 : la vallée du Français
Réveil assassin, couchée tôt j’ai pourtant l’impression d’avoir dormi deux heures. Nous partons à l’assaut de la vallée du Français, la plus belle partie du parc selon certains. Magnifique mais inquiétante d’autant plus que l’orage gronde. Il se met à pleuvoir, le torrent semble surpuissant. Le glacier voisin se délite doucement, dans un vacarme ahurissant. On a l’impression de s’enfoncer dans les entrailles de la Terre.
Nous parvenons toutefois à refaire surface et rejoignons Puerto Natales le soir même.
(Puerto Natales)














