avril 14, 2008...5:41
Terre de Feu: Ushuaïa, suite et fin du plongeon vers le grand sud.
(Canal du Beagle)
Nous empruntons le détroit de Magellan afin de rejoindre la Terre de Feu. C’est un gros bateau motorisé et non un élégant voilier qui nous mène de l’autre côté, mais qu’importe, les paysages du bout du monde ne tardent pas à défiler sous nos yeux. A l’approche d’Ushuaia la route décrit de longs virages, serpentant autour de lacs encaissés et de forêts verdoyantes. C’est au coucher du soleil, peu avant 23h, que nous arrivons à destination. La lumière est orangée, les nuages ressemblent à des plumes et arborent de belles couleurs irisées. Même à la nuit tombée, ces derniers restent visibles. Nous débarquons juste à temps pour obtenir les deux dernières places d’une auberge que nous n’avions pas réservée, laissant un malchanceux allemand sur le paillasson.
A bord d’un petit bateau bleu, baptisé Tres Marias, nous naviguons sur le canal du Beagle où les eaux de l’Atlantique se marient avec celles du Pacifique. Hector, le vieux loup de mer tient les commandes tandis que son fils, Mariano, nous explique la carte nautique.
Mariano nous conte aussi la vie des Yamanas, indiens qui peuplaient une partie de la Terre de Feu autrefois. Ces derniers se déplaçaient en canoë autour du canal, chassaient la baleine et les autres mammifères marins. Ne portant pas de vêtements, ils se couvraient le corps de graisse pour boucher les pores de la peau et résister au froid. Ayant une température corporelle de 38°C, les Yamanas avaient un métabolisme différent du notre, leur conférant une meilleure capacité d’adaptation au froid. Voilà qui aurait fait plaisir à Darwin.
D’autres peuples occupaient alors la région : les Onas, les Acaluf et les Haush. Certains vivaient de la pêche, comme les Yamanas ; d’autres étaient chasseurs-cueilleurs, tels les Onas. Néanmoins l’arrivée des européens dans la seconde moitié du XIXème siècle -la première mission anglicane débarque en 1869- bouleverse leur mode de vie traditionnel. Ainsi, l’exploitation des ressources marines par les nouveaux arrivants fait concurrence aux indiens. Ne disposant pas des mêmes techniques, ils ne tardent pas à manquer de vivres. Il ne reste aujourd’hui des Yamanas qu’un musée et quelques traces de leur vie passée.
(Yamanas)
Nous accostons ensuite sur l’île H, un bout de terre riquiqui abritant une colonie de cormorans. La localisation des volatiles est facile : le guano empêche la croissance de toute végétation. Mariano dresse un petit panorama de la flore de la région et nous montre les algues dont on extrait l’agar-agar. Sur un côté de l’île on peut observer de grands tas de cendres, reliquats des feux réalisés par les Yamanas. D’ailleurs il semblerait que ce soit en raison de ces nombreux feux, visibles de loin, que la région s’appelle ainsi aujourd’hui.
Flâner en ses terres permet de mieux comprendre la fascination que la Patagonie a pu exercer sur certains hommes, en particulier sur le français Antoine de Tounens. Débarquant au Chili en 1858, il fonde en 1860 le royaume d’Araucanie et de Patagonie, qu’il dote d’une Constitution. Défenseur des indiens mapuches, ces derniers le déclarent roi dudit royaume. Napoléon III étant occupé au Mexique, ce projet insensé s’éteint rapidement. Les forces chiliennes s’y opposent et boutent le périgordien hors du pays. Notons toutefois que Jean Raspail- auteur du livre ‘Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie’ est actuellement Consul du royaume d’Araucanie et de Patagonie.
De nos jours, cette contrée ne cesse de séduire, en particulier les Français -la faute à Nicolas Hulot ?- ou en tous cas les francophones. Parmi les touristes on trouve aussi une forte proportion d’Israéliens et d’Européens en général.
Notre périple en Patagonie et en Terre de Feu touche à sa fin, nous garderons l’Antarctique au frais, pour plus tard. Nous abandonnons ces terres australes- véritables éclaboussures de pureté- pour l’or du Pérou.



















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