mai 8, 2008...10:11

Sur les traces de Rascar Capac- première journée à Lima.

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(Barriada, dans les hauts de Lima)

Pour résumer mon arrivée à Lima, épique serait le mot. La transition entre Ushuaia et le Pérou n’a rien de naturel, et le dépaysement est au rendez-vous. A l’heure de choisir un taxi  nous optons pour le premier baragouineur venu, sans trop chercher à comprendre. Malheureusement, ce dernier se fait arrêter par la police  quelques mètres plus loin. L’agent nous renvoie dans l’aéroport.  Les taxis, officiels et officieux, ne cessent de nous harceler.  Telles deux brebis égarées (enfin une brebis et un mouton) nous négocions un second taxi, au pifomètre. Et, rebelote. Quelques mètres plus loin notre sélection se fait interpeller par la police.

Résultat, nous empruntons finalement un « taxi seguro », certainement l’entreprise la plus chère de toutes, le prix de la sécurité. Peu après l’heure du crime, nous rejoignons enfin l’auberge, et retrouvons Anouk, déjà en train d’hiberner.

Ce n’est que le lendemain que nous découvrons vraiment la capitale péruvienne.  Cette fois, nous prenons le bus jusqu’au centre historique. Le fonctionnement desdits bus est un véritable spectacle, chaque chauffeur est accompagné d’un « crieur », chargé, comme son nom l’indique, de rameuter les clients en criant les destinations desservies. Il s’occupe aussi de faire payer les usagers. Le système est privé, la concurrence rude, et c’est un peu à qui s’époumonera le plus fort.

Nous parvenons ainsi à la Plaza de Armas, où un péruvien attentionné nous indique le chemin à suivre et les rues surveillées afin que nous ne nous fassions pas attaquer. Rassurant. D’ailleurs tous nos interlocuteurs nous mettent en garde et tiennent à ce que nous restions sur les chemins « stratégiques ». Paranoïa abusive ou risque réel ? En tous cas, nous n’avons eu aucun souci, peut-être car nous étions averties (mais ça on ne le saura jamais).

Dans la rue je me sens plus que jamais gringa. Si à Buenos Aires la population est majoritairement de type européen, c’est loin d’être le cas ici. Ma tignasse et ma peau claires contrastent avec le teint mat et les cheveux noirs des péruviens. Pas de doute, je  suis une étrangère. Sensation bizarre mais sans conséquence, la population étant d’un naturel accueillant.

Toutefois, en parcourant la ville l’influence occidentale est bien visible. Les publicités ont particulièrement retenu mon attention.  Comme partout elles vantent les mérites des sodas trukmuch ou du shampoing  machinchoze, mais les jeunes gens qui figurent sur les panneaux publicitaires sont des blancs becs souriants, blonds comme les blés. Au-delà du produit, c’est le rêve occidental qui fait vendre. Je me rappelle avoir vu un affichage titrant fièrement « développez l’esprit entrepreneurial de votre enfant », avec la tête d’un blondinet d’une dizaine d’année à côté. La distance entre cette abondance d’images clinquantes et la réalité a quelque chose d’indécent. Dans la rue certains enfants s’approchent de nous pour mendier, d’autres font des petits boulots. A chaque lieu de passage, son cireur de chaussures, ses vendeurs à la sauvette.   

    

(Changeur de monnaie ou cireur de chaussures, des petits boulots répandus)

Côté gastronomie nos papilles débarquent elles aussi dans un autre monde. Dans un petit resto du centre, nous découvrons les noms des plats locaux; autant dire que le mystère est épais. Les tacu-tacu, cau-cau et autres mets onomatopéiques- que l’on mettrait bien en musique- figurent au menu.

Une fois de plus, le pifomètre est de rigueur. D’après quelques observations primaires, le poulet est ici la viande officielle, les soupes sont fréquemment consommées et la cuisine est bien relevée. On trouve aussi beaucoup plus de fruits, dont certains sont inconnus au bataillon, tels le chirimoya ou le pepino.

En guise de boisson nous découvrons la chicha morada, il s’agit d’un breuvage non alcoolisé préparé à base de maïs noir, sucré, et agrémenté de cannelle. Délicieux au début, un peu moins par la suite. Mais pour nos estomacs douillets, pas question de boire l’eau du robinet.

          

(Chicha morada et Tacu-tacu)

Après le repas, c’est l’or du Pérou qui s’offre à nous. Nous visitons le musée Larco, où sont réunis des centaines (des milliers ?) d’objets réalisés par les Incas, les Moches, et autres civilisations andines. Nombreux sont les bijoux finement cisaillés, véritables merveilles d’orfèvrerie. On peut aussi voir des pinces à épiler de toute beauté, en forme d’oiseau avec le bec en guise d’arrache-poil. Outre les joyaux andins, le musée abrite l’une des plus grandes collections d’armes du monde. Le collectionneur en question s’est amusé à accumuler les armures de toutes les armées de la planète, les étriers mongols et chiliens, et on peut même y voir un ordre de mobilisation générale datant du début de la seconde guerre mondiale.

 (civilisation Mochica, ornement frontal)

Nous passons la soirée avec d’autres jeunes de l’auberge et partons découvrir une spécialité locale : les anticuchos, autrement dit des brochettes de cœur de bœuf. Intrépide mais pas téméraire, je me suis lâchement rabattue sur le poulet.

 

 (Rascar Capac) 

 

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