Ingrédients :
- Un voyage Lima-Cuzco de nuit.
- Des places juste derrière le pare brise, au deuxième étage.
- Un chauffeur doté d’un klaxon à la place du cerveau.
- Une voisine péruvienne racontant des histoires rassurantes.
- Un épais nuage de brouillard.
Mode d’emploi :
(Inka Cola, le St Patron des routes)
Monter dans le bus en fin d’après-midi à Lima. S’asseoir aux places réservées. Se mettre à l’aise. Entamer la conversation avec sa voisine. Comprendre que quelques mois auparavant un bus de la même compagnie a terminé sa course dans un précipice, après avoir manqué un virage. Essayer d’oublier cette anecdote. Constater l’absence totale d’anticipation chez le chauffeur ainsi que sa fâcheuse tendance à doubler dans les virages. Admirer sa maîtrise du klaxon. Louer ses fabuleux réflexes. Ignorer les coups de volant intempestifs. Mettre sa ceinture et faire abstraction du type qui vous fait subtilement remarquer que s’il y a un grand coup de frein vous effectuerez surement un beau vol plané dans le pare-brise.
Se concentrer sur le paysage désertique environnant. Observer que le cordon de pauvreté est en fait une véritable ceinture. Se demander comment les cabanes, construites à même le sable, font pour ne pas s’envoler. Sur la route vers Nazca, se surprendre de l’aridité de la zone, de la présence humaine toujours inattendue au milieu de ces milliers d’hectares complètement dépouillés. Regarder les élevages de poulet sur la plage et calculer la densité de gallinacés agglutinés. Chercher à savoir si l’air marin a une quelconque influence sur leur saveur. Regarder les couleurs du coucher du soleil. Constater la disparition de ce même astre quelques minutes plus tard.
A la nuit tombée, tenter d’oublier l’énorme nuage de brouillard qui enveloppe la route. Et les virages en tête d’épingle. Et le chauffeur qui s’acharne à continuer en dépit de l’opacité totale. Ne pas regarder dehors, se projeter à Cuzco, dans le futur. Ne pas parler aux autres passagers : ils n’ont pas l’air plus à l’aise. En dernier recours, réciter une prière ou invoquer la protection de Rascar Capac. S’endormir d’épuisement et se réveiller indemne le lendemain matin à Cuzco, comme si un miracle avait eu lieu. Sortir du bus et sourire à la vie. Envoyer enfin un mail aux parents pour dire que le voyage a eu lieu sans encombre.












Un commentaire
mai 18, 2008 à 7:25
Ouf! Eh bien merci quand même de nous tenir au courant!
Quand je récapitule tous les périls que vous avez dû braver, Patagonie comprise, je me dis que tu as de quoi écrire un thriller:
kayak retourné dans les rapides, nuit seules au coeur d’une forêt profonde, grizzli guettant sa proie dans la montagne- une randonneuse aux baskets pourries-, voiture au bord de la panne sêche au milieu de nulle part, faux taxis, ville guet-apens pour touristes inconscients, car fou dans les virages et dans la brume…et j’ai dû en oublier et l’épopée n’est pas terminée…
Je comprends pourquoi vos vacances d’été austral m’ont parfois donné des sueurs froides: la télépathie sans doute…